Urgent

Cameroun – Guerre civile au NOSO : L’armée camerounaise entre le marteau et l’enclume

09.01.2019(13H55)

L’armée camerounaise est aujourd’hui prise entre le marteau de Biya et l’enclume des sécessionnistes.

1.    LE MARTEAU DE BIYA

D’un côté, le marteau de Biya, c’est la conception d’une politique guidée par les réseaux de la Françafrique. Biya n’est pas Biya lui-même. Il est à la fois l’incarnation et le maillon d’une structure monstrueuse ayant des ramifications jusqu’en France, à l’Élysée, au quartier général de certaines multinationales et au sein de l’armée française. Et c’est pourquoi cette structure monstrueuse peut se déployer et venir mettre au pas l’armée camerounaise, comme elle avait mis au pas l’armée ivoirienne sous Gbagbo, ou apporter de la logistique à l’une de ses fractions pour lui tordre le cou, comme elle l’a souvent fait partout en Afrique francophone.
Le marteau de Biya, ce n’est donc pas l’armée camerounaise. Celle-ci n’est qu’un jouet entre ses mains, jouet qu’il use à gauche et abuse à droite, bien souvent contre son propre peuple pour remplir l’agenda des réseaux françafricains. Voilà pourquoi elle est tétanisée. L’armée camerounaise est tétanisée parce qu’elle sait que si elle s’émancipe, elle sera matée par le marteau de Biya, par cette armée française et ses réseaux françafricains.




2.    L’ENCLUME DES SÉCESSIONNISTES
De l’autre côté, l’enclume des sécessionnistes, c’est cette conception forte et inébranlable de la libération anglophone du joug de la Françafrique dont Biya est à la fois l’incarnation et le maillon. Le caractère radical de ce mouvement de libération est, d’une part, la conséquence directe des multiples jongleries au niveau international qui avaient fondé le rattachement du SouthernCameroon au Cameroun francophone (1958-1961) et, d’autre part,la réaction légitime aux diverses duperies sur le plan national (cf. http://www.cameroonvoice.com/news/article-sport-34352.html) qui, de 1972 à 2015,ont fini par convaincre les Anglophones qu’ils ne seront jamais écoutés et que justice ne leur sera jamais rendue.

En effet, le référendum du 20 mai 1972, que les Anglophones qualifièrent de frauduleux et de coup d’État en raison de son extension à tout le Cameroun francophone,marquait la mise à mort de la fédération camerounaise et, par conséquent, la mort des institutions gouvernementales de l’État fédéré anglophone. Depuis lors, la gestion des régions anglophones par l’État central s’est faiteà traversla discrimination dans les politiques de développement et une francisation progressive des structures éducatives et juridiques des régions anglophones, ce qui a amenéles Anglophonesà considérer le régime francophone camerounais comme le prolongement du régime colonial français et à exiger le retour au fédéralisme. Mais la mauvaise gestion de la crise de revendication par Biya a favorisé la montée en puissance de la branche sécessionniste du mouvement.




On peut, dès lors, faire le constat que ce sont eux, les sécessionnistes, qui dictent le rythme aux fédéralistes, un peu comme, au tournant des années soixante, les nationalistes de l’UPC dictaient le rythme de la guerre de libération auxpro-français (Ahidjo, Mbidaet consorts)qui négociaient de leur côté une indépendance de façade devantmaintenir le Cameroun dans le pré-carré français. De ce constat, il découle clairement quela revendication de l’indépendance du Cameroun francophone par les nationalistes de l’UPC est, en tout point de vue, comparableà la revendication en cours de l’indépendance du SouthernCameroons par les sécessionnistes anglophones: autant Um Nyobé, Félix Moumié, OssendéAfana et Ernest Ouandié étaient et sont  célébrés au Cameroun francophone, autant SisukuAyukTabe, Samuel Sako, le général Ivo et Field Marschall sont célébrés dans le Cameroun anglophone.

3.    L’ARMÉE ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME
Devant cette configuration des forces, Hier comme aujourd’hui,c’est l’armée camerounaise qui est prise à l’étau. C’est elle qui est coincée entrele marteau des mauvaises politiques coloniales, néocoloniales et françafricaines dont Biya (et avant lui Ahidjo) est l’incarnation, et l’enclume des mouvements de libération dont Um Nyobe, Félix Moumié et Ernest Ouandié d’une part et AyukTabe, Samuel Sako et General Ivo d’autre part sont les porteurs. Dans cette position médiane qu’elle occupe, l’arméesouffre, parce qu’elle perd quotidiennement et inutilement, aujourd’hui comme hier, des hommes.




Et si l’armée camerounaise perd des hommes, c’est parce qu’elle n’a pas encore compris qu’elle occupe la position médiane dans la configuration des forces présentée ci-haut. Elle n’a pas encore compris qu’elle est coincée entre le marteau du peuple et l’enclume du monstre françafricain. Pourtant, il faut absolument qu’elle en prenne conscience pour retrouver sa fierté et sa dignité;il faut qu’elle perçoive cette position-piège dans laquelle, malheureusement, elle se complaît, et en comprenne la dangerosité. Une fois que cela sera fait, elle pourra alors facilement s’engager à quitter l’étau dans lequel elle se trouve. Et quitter cet étau signifie s’en émanciper pour devenir une véritable armée nationale.

Une armée nationale est une armée qui défend les intérêts de la nation. Dans la guerre qui oppose le peuple camerounais au monstre françafricain dont Biya est l’incarnation, l’armée doit pouvoir lire où se trouve cet intérêt de la nation camerounaise. Elle doit pouvoir comprendre –et tous les experts l’ont déjà répété à maintes reprises – que cet intérêt réside dans le retour au fédéralisme à dix États, parce que le fédéralisme implique la gestion autonome des ressources naturelles et humaines par les populations locales, ce qui réduit la portée d’une surexploitation et d’un appauvrissement perpétuel du peuple par les forces exogènes françafricaines.
Or, c’est encore à cette armée camerounaise, une fois qu’elle a compris cela, de le faire comprendre aussi à Biya,en mettant en pratique cette structure étatique afin que cesse la guerre qui endeuille les hommes dans ses rangs et endeuille le reste de la nation.

Dr. Maurice NGUEPÉ

Le 08 janvier 2019

Note : Je dédie ce texte à mon père. J’ai grandi dans un camp militaire, et je connais ses souffrances profondes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *