Urgent

Camair-Co: La police enquête sur la gestion du top management

camairco

11-01-2017(07h20)

En l’espace d’une semaine, deux missions des hauts gradés de la police ont enquêté sur la gestion du nouveau Dg de la Camair-Co. Au cœur de ces multiples enquêtes, l’arrêt d’activités de tous les avions de la compagnie, les transactions douteuses dans la location d’un avion à hélice de marque Atr et le marché de la réparation des deux moteurs du Boeing 767 le Dja.

En cette matinée du 23 décembre2016, le tarmac de l’ancien aéroport de Douala devenu depuis des décennies une propriété partielle de la base aérienne de l’armée de l’air, donne l’impression d’un regain d’intenses activités. Le thermomètre n’est pas la fréquence du décollage des aéronefs, mais plutôt le nombre d’engins volants stationnés sur ce tarmac. Camair-Co, la compagnie nationale de navigation aérienne, brille par le nombre de ses avions cloués au sol. Pas moins de quatre au total, en dehors de celui arraisonné en Afrique du Sud, selon des agents de la maintenance.

A proximité du tarmac où se trouvent les ateliers de maintenance de la compagnie aérienne et quelques bureaux administratifs, la question de l’acquisition des pièces de rechange pour faire rentrer en exploitation ces aéronefs est loin d’alimenter les conversations entre les agents de la compagnie. C’est plutôt la descente inopinée, en l’espace d’une semaine, de deux missions d’enquêtes de la police dépêchées par la présidence de la République à Camair-Co qui est au centre des discussions.

Les deux missions, qui se sont déroulées entre le 10 et le 20 décembre 2016, avaient pour centre d’intérêt, outre les causes de l’immobilisation de toute la flotte de la compagnie nationale, mais aussi les contours de la location d’un avion à hélice (ATR) de 60 places et le marché de la réparation des deux moteurs du Boeing 767 TJ-CA le « Dja ». Des responsables de la direction de la maintenance et ceux des opérations aériennes ont été «cuisinés»par les enquêteurs sur ces sujets, y compris Ernest Dikoum, Directeur général de Camair-Co.

L’histoire remonte dans la deuxième quinzaine de novembre 2016. Depuis plus de trois semaines, les deux avions MA60, le B767 le Dja et les deux B737 sont hors d’exploitation. Ernest Dikoum, contre l’avis des responsables techniques et des opérations aériennes, choisit de louer un avion de 60 places(ATR) pour le compte de la coupe d’Afrique des nations féminine. Sans toutefois se référer aux spécialistes en la matière à Camair-Co, apprend-on, il va conclure avec l’appui de l’ex-directeur de la maintenance, Jean Claude Ngangué, le marché de location de cet avion à hélice pour un montant de 3250 dollars Us par bloc heure. Un acte qui va faire monter l’adrénaline chez les syndicalistes et en occurrence le syndicat du personnel navigant.

Ces syndicalistes et autres agents de la compagnie vont aller à la rencontre d’Ernest Dikoum. Au cours d’une réunion tenue le 14 décembre 2016 à l’immeuble la Rotonde, ils expriment leur mécontentement sur ce marché de location en cette période de disette salariale au sein de la compagnie. En raison notamment, selon eux, du coût jugé exorbitant de la location de cet avion. En comparaison, ils vont faire état de la location d’un gros porteur de 180 places par l’ancienne équipe managériale à un coût moindre.

En effet, «l’ancienne équipe managériale avait loué un Boeing 737-800 de 180 places à 2500 dollars par bloc heure, moins cher que cet avion à hélice de 60 places et assez vétuste qui a été loué plus cher qu’un B737-800. Nous sommes convaincus que sur le marché, le coût de location de ce genre d’aéronef ne dépasse pas 1750 dollars par bloc heure», expliquent les syndicalistes. Le personnel de Camair-Co va aussi exprimer sa préoccupation sur la fiabilité du loueur, à savoir la compagnie locale Fly Caminter. Ce d’autant que cette dernière, selon une source bien introduite, ne serait pas détentrice d’un Certificat de transport aérien (CTA), encore moins d’un certificat de navigabilité (CDN).

Joint par nos soins, un cadre en service à la cellule de la communication s’est voulu très évasif sur la question. «Vous fouinez partout on dirait. Comment voulez-vous que je vous donne confirmation d’une telle information ? Je vous suggère de laisser tomber…» a-t-il répondu au reporter. Toutes nos tentatives de relance dans le but de recouper d’autres informations liées au fonctionnement de la compagnie aérienne n’ont point abouti.

Moteurs du Dja

Discorde autour de 2 milliards Fcfa

Le cas des deux moteurs du Boeing 767-Dja a également été au centre des préoccupations des hauts gradés des renseignements généraux.

Selon une source à la Camair-Co, les deux moteurs du Dja sont arrivés en fin de cycle depuis plus d’un an. Leur remise à niveau était donc nécessaire.L’un des moteurs avait été déposé dans les ateliers d’Ethiopian Airlines et l’autre à Perpignan en France. Pour un marché aussi important qui nécessite plus de trois milliards de Fcfa de dépenses, l’avis du ministère des marchés publics (Minmap), avait été sollicité par l’ancien management de la Camair-Co, conformément à la législation en vigueur.

Au terme d’un appel d’offre international des ateliers spécialisés, un tableau d’analyse comparative va conduire au choix et la validation par le ministère des marchés publics, de l’atelier israélien IAI- Bedek. Sur les huit ateliers soumissionnaires, la société IAI-Bedek a été la moins disante. En fait, elle propose la réparation des deux moteurs à environ trois milliards de Fcfa. Ethiopian Airlines, quant à elle,classée huitième au terme du dépouillement de l’appel d’offre, propose environ cinq milliards de Fcfa.Ce qui fait une différence de près de 2 milliards de Fcfa entre les deux offres.

Un avion Camair-Co
Les transactions d’un tel marché relevant de la compétence Minmap, l’ancienne direction générale de la Camair-Co avait obtenu du Ministère des marchés publics l’autorisation d’engager des procédures de passation du marché de réparation des deux moteurs du Dja avec IAI-Bedek. C’est ce qui a été fait. Il ne restait que son financement prévu dans les 30 milliards de Fcfa du plan de relance de la compagnie pour engager ce marché.

Une source proche du dossier s’indigne de l’option prise par Ernest Dikoum pour la réparation de ces moteurs. La même source s’étonne de constater qu’après une mission furtive et en solo en Ethiopie, malgré le refus du Pca Mefiro Oumarou, Ernest Dikoum aurait donné instruction aux responsables de la maintenance, d’acheminer illico presto le moteur du Dja qui se trouve à Perpignan en France à Addis Abebas. De même, il aurait ordonné de préparer un projet de contrat de réparation de ces deux moteurs avec Ethiopian Airlines, dont l’offre est deux milliards de Fcfa plus chère que celle de IAI-BEDEK, sans se référer au Minmap, seule institution habilitée à autoriser l’engagement d’un tel marché.

La nationalité de l’actuel directeur général a-t-elle également préoccupé les enquêteurs des renseignements généraux ? Rien n’est moins sûr. D’ailleurs rencontrée, une source à la direction générale répond par l’affirmative. Il serait, selon le personnel, détenteur d’un passeport américain. Les enquêteurs venus de Yaoundé ont également jeté un coup d’œil sur bien d’autres dossiers. Pour nombre de ses collaborateurs, «l’actuel Dg aurait de la peine à envisager la relance de la compagnie. Après moult tergiversations concernant le plan Boeing, Ernest Dikoum a présenté au dernier conseil d’administration de la compagnie tenu à Douala les 19 et 20 décembre 2016, un projet de recherche de partenaires stratégiques. Ce projet a été rejeté par le conseil d’administration qui souhaite que l’accent soit plutôt mis sur la relance de la compagnie. Tout comme le projet du nouvel organigramme qui a également été rejeté au motif de son absence de lisibilité ainsi que sa motivation sur les problèmes réels qu’il viendra résoudre en rapport avec la situation actuelle de la compagnie.»

Par ailleurs, le personnel de la compagnie s’indigne du fait que le nouveau Dg continue de loger dans une suite de luxe dans un hôtel de la place, comme Alex Van Elk et Mathyis Boertien, les deux premiers Dg expatriés de la compagnie à sa création. La même indignation est palpable pour ce qui est de son voyage jugé inopportun aux Bahamas dans les Iles caïmans dans le cadre d’une conférence sur le transport aérien, tous frais payés par une compagnie croulante qui ne fait plus l’international depuis plus de quatre mois et dont la régularité dans le paiement des salaires est incertaine. En dépit des autres annonces telles que l’accord donné par le gouvernement pour acheter les deux B737 ou la promesse de débloquer dans les mois à venir les 30 milliards de Fcfa du plan de relance, le personnel est inquiet.

En cette période de haute saison et depuis bientôt trois semaines, les avions sont cloués au sol malgré le soutien du Ministère des finances. «Nous ne comprenons pas comment tous les avions peuvent se retrouver au sol alors qu’Ernest Dikoum a déjà reçu près de 7 milliards Fcfa de subventions. Cela ne nous est jamais arrivé. L’aviation civile coûte très chère et les erreurs ne pardonnent pas. Nous avons peur que si les milliards de Fcfa du plan de relance sont mis entre les mains inexpertes, ils voleront certainement en fumée», craint le cadre de la Camair-Co.

Les choix managériaux du nouveau top management laissent en effet perplexe plus d’un expert du domaine. La fermeture des escales de Paris, Kinshasa, Lagos, Pointe Noire, Malabo et des agences du Hilton à Yaoundé, de Bonamoussadi à Douala, le départ brutal des agents ayant atteint 60 ans, le licenciement en cours de près de 400 personnes, la légèreté dans la maintenance des aéronefs, raisonnent comme une volonté de procéder à l’euthanasie de la compagnie.

«Comment se fait-il qu’après avoir, en si peu de temps, fait chuter le chiffre d’affaires de la compagnie de près de 2 milliards Fcfa par mois, Ernest Dikoum se vante d’avoir fait des économies de 17 millions par mois en déménageant sans préparation, de la Rotonde à Bonanjo, alors que les travaux ne sont pas terminés encore moins réceptionnés ? Nous sommes entassés dans des locaux inachevés, insalubres, sans climatiseurs, sans réseau informatique. Il y a vraiment un problème», lance, dépité, un cadre de Camair-co.

Le Messager

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

dix-neuf − 7 =