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Barrage de Lebanga et l’usine d’aluminium :’’ Ce projet me parait hypothétique’’ par Christian Penda Ekoka

20.02.2018(11H00)

Depuis de nombreuses années, les Camerounais assistent impuissants à différentes annonces de projets sans lendemains. Certains sont d’ailleurs annoncés à la suite d’une audience accordée aux soidisant promoteurs par le Chef de l’Etat. L’ignorance, due au manque d’informations sur la complexité du cycle de développement des projets, et notamment des projets de cette envergure, amène souvent les populations à y croire, à faire des rêves mirobolants. Très souvent, ces effets d’annonce sont suivis de désillusion, de déceptions et de grincements des dents, quand la réalité nous rattrape en renseignant qu’une fois de plus ce n’était que des mirages.




Ainsi en fut-il des projets d’assemblage de véhicules à Bamenda ou à Kribi,) des différents projets miniers (Mballam, Geovic, Hydromine, etc.), de construction de complexes hôteliers et touristiques à Yoyo (Mouanko), etc.

Le Président du PAL, Célestin Bedzigui,  a amplement justifié son ralliement à la candidature de Paul Biya à la prochaine élection présidentielle, par le fait que le Président de la République avait fait montre de patriotisme et de hauteur, en autorisant les études d’un projet dont il était promoteur. Il s’agit, selon ses déclarations, d’un  projet comprenant la construction d’un barrage à Lebanga, d’une usine d’aluminium qui exploiterait l’alumine provenant du site minier de Minim Martap.

Afin de mieux informer nos lecteurs, nous avons décidé de recourir à l’expertise et à l’expérience de Christian Penda Ekoka qui, avant ses fonctions actuelles de Conseiller du chef de l’Etat, a consacré une quarantaine d’années aux activités de conseil en investissement, de politiques et stratégies industrielles, d’ingénierie et de financement des projets de nombreux secteurs, d’abord comme Directeur des Etudes et Projets à la SNI, ensuite comme fondateur et Directeur Général du cabinet de consulting international, Business Development Service (BDS). BDS a effectué des missions dans plus de vingt-cinq (25) pays d’Afrique et des Caraïbes pour le compte de différentes organisations internationales.

  1. le Conseiller, êtes-vous au courant des déclarations de M. Célestin Bedzigui rapportées ci-dessus?

J’ai lu les déclarations de Céléstin Bedzigui auxquelles vous faites allusion. Pour éviter de fausser le débat en l’amenant sur un terrain politique, nos explications  se limiteront à des considérations techniques et professionnelles pour mettre en évidence les conditions difficiles de faisabilité de ce projet. D’entrée de jeu, il convient de souligner pour vos lecteurs que la décision d’investir des capitaux dans un projet est motivée par le gain qu’espèrent en tirer les investisseurs. Ce gain se mesure en termes de rendement financier (retour sur investissement) pour des investisseurs privés, et économique pour un pays. En décidant d’investir dans un projet, l’investisseur espère  en tirer un rendement supérieur à celui de la meilleure alternative abandonnée (coût d’opportunité).  Selon la théorie financière, plus élevé est le risque lié à un projet, plus élevé est le rendement espéré.




Pouvez-vous brièvement expliquer pour nos lecteurs les principales étapes qui conduisent justement à la décision d’investissement ?

Le cycle de développement d’un projet, qui part de l’idée à sa matérialisation, est composé de différentes étapes: initiation, conception, exécution, exploitation, terminaison (mort, relance, etc.).  A chacune de ces étapes on mène différentes activités. Par exemple, de l’étape d’initiation à celle de la conception, on fait des études d’opportunité (analyse des facteurs d’opportunité tels que le marché, la disponibilité des matières premières, l’évaluation des technologies disponibles, l’estimation du coût de l’investissement, les hypothèses de financement, les coûts d’exploitation, la rentabilité, identification des risques, étude de sensibilité, l’évaluation des impacts environnementaux), suivies des études de préfaisabilité, d’études de faisabilité et d’exécution (ingénierie de base et de détails, ingénierie financière et juridique, les simulations financières, les études de sensibilité, etc.). A l’issue de cette phase conceptuelle, la décision d’investissement est prise pour passer à l’exécution du projet (construction), ensuite à son exploitation ; celle-ci ira jusqu’à  l’étape de terminaison, fin de vie du cycle du projet qui disparaît ou se transforme éventuellement en un autre projet.

A quelle étape se situerait ce projet ?

Je dirais à l’étape d’initiation. D’une étape à l’autre, la configuration du projet gagne en précision ; ainsi de l’étape d’initiation (étude d’opportunité) à la conception (études de faisabilité et d’exécution), l’estimation du coût de l’investissement passe d’un niveau de précision de plus ou moins 20%  à plus ou moins 5%. Le coût des différentes étapes conceptuelles du projet est croissant. Le niveau de précision requis exige des ressources plus coûteuses au fil des étapes. En raison de ce phénomène, le passage d’une étape à l’autre est un test, qui doit déterminer s’il vaut la peine de continuer à dépenser pour des informations plus précises, ou en d’autres termes si le risque en vaut la peine ou le jeu la chandelle. La décision d’investissement est prise par les investisseurs au bout de ce processus conceptuel, à la suite d’une batterie de tests sur la base d’informations estimées fiables. Ces tests les amènent à conclure que l’investissement est sur tous les plans viable, et que les risques associés sont maîtrisables.

Quelle est la durée de la phase conceptuelle qui, d’après vos explications, est déterminante pour le sort d’un projet ?




Oui, en effet, ce sont les activités de cette phase qui permettent aux investisseurs de tirer la conclusion que le projet est viable sur tous les plans, et les risques associés maîtrisables. La durée de cette étape varie selon la complexité du projet. Par exemple, dans le cas du projet de pipeline Tchad-Cameroun pour l’exportation du pétrole tchadien, la phase conceptuelle a duré sept ans, alors que la construction du pipeline lui-même n’a duré que trois ans. Dans le cas de l’hôtel Yaoundé Hilton, la phase conceptuelle a duré deux ans et celle de la construction trois ans. Au début de la décennie 80, le projet d’eau minérale Tangui aura mis moins de trois ans, entre son initiation et le lancement de l’exploitation, dans le cadre d’une coopération entre la SNI et les Brasseries du Cameroun. D’où l’intérêt d’avoir des partenaires industriels et financiers solides, qui connaissent le secteur et n’engagent pas des ressources de manière irresponsable.

D’après vous l’Etat n’est pas un partenaire industriel ou financier responsable ?

Dans le cadre d’une économie de marché efficiente, l’Etat n’est pas appelé à devenir un industriel ou un investisseur, et au risque de me répéter, il doit créer des conditions infrastructurelles –  physiques et institutionnelles – susceptibles d’attirer des investisseurs privés pour la mise en valeur des opportunités. L’Etat peut même encourager  la mobilisation des investisseurs privés en prenant une part minoritaire, mais ceux-ci exerceront leurs diligences pour s’assurer du succès du projet. Or, non seulement les fonctionnaires n’ont pas les moyens de concevoir et réaliser ces projets, mais, plus grave, ils ne sont pas tenus pour responsables en cas d’échecs, tel que le montent nombre de ces projets terminés dans la broussaille, en éléphants blancs. L’organisation de la gouvernance politique en place encourage ces comportements irresponsables, au détriment de l’intérêt des populations.

Et pourquoi l’Etat s’entête sur ce chemin dont on connaît l’impasse ?

L’erreur de la gouvernance économique de notre pays est de ne pas joindre les actes aux paroles, de proclamer l’économie de marché, d’un côté, et de faire de l’étatisme économique, en engageant tous azimuts des ressources publiques  comme promoteur. Et nous le payons cher par les différents éléphants blancs dont le Cameroun regorge :  Geovic, Hydromine, Mballam, Tracteurs d’Ebolowa, usine de manioc de Sangmelima (sans manioc), etc. Cette défaillance de politique économique a été la cause fondamentale de la crise du milieu des années 80, elle devait être corrigée par des réformes structurelles. Malheureusement, ceux qui ont géré l’économie depuis le point d’achèvement, en 2006, ont continué de le faire, comme s’ils n’avaient tiré aucun enseignement de l’effondrement des économies communistes, ou des exemples de l’ex Union soviétique ou de la Chine communiste.

Quelle serait la configuration d’un tel projet ?

La configuration d’un tel projet se bâtirait autour de quatre pôles : (i) Un pôle énergie contenant la construction d’un barrage hydroélectrique, l’industrie de l’aluminium est très énergivore ; celui de 1000 MW, dont M. Bedzigui parle, outre son caractère hypothétique au regard du profil hydrographique du Cameroun, pourrait coûter 2 milliards de dollars US (plus de 1000 milliards FCFA) ; (ii) un pôle usine pour l’électrolyse de l’alumine en vue de la production de lingots d’aluminium, qui serait situé très vraisemblablement près de la centrale hydroélectrique afin d’éviter des pertes de transport ; 1 à 2 milliards de dollars d’investissement selon la taille finale de l’usine ; (iii) un pôle minier pour l’exploitation des mines de bauxite et le traitement du minerai jusqu’à l’alumine ; le coût d’un tel investissement ne serait pas inférieur à 3 milliards de dollars US, selon sa configuration définitive ; (iv) un pôle logistique et transport visant à assurer le transport de l’alumine de la mine jusqu’à l’usine et l’aluminium jusqu’au port le plus fonctionnel. Il s’agirait probablement d’une ligne de chemin de fer et de véhicules poids lourds. Ce qui nécessiterait également 2 à 4 milliards de dollars US d’investissement.

Un projet dont le coût d’investissement serait de l’ordre de 3000 à 6000 milliards FCFA ?

C’est tout à fait exact. Un investissement dont le coût se situerait  dans une fourchette de 6 à 10 milliards de dollars US, 3000 à 6000 milliards FCFA, équivalent selon le cas à  une large part ou à la totalité du budget du Cameroun. Il s’agit à ce stade d’ordre de grandeur.  Qui serait prêt à prendre ce risque financier et pour quelle rentabilité ? Même si l’Etat camerounais avait la volonté de le faire, sa signature mobiliserait difficilement un tel volume de capitaux.

D’après vous ce projet a-t-il des chances d’aboutir ?

En considérant le meilleur cas de figure où différents paramètres seraient satisfaisants tels que – le volume des réserves de bauxite exploitables, les cours mondiaux de l’aluminium (oscillant aujourd’hui autour 2200 dollars US la tonne),  le prix de revient du MWh d’électricité, les autres coûts d’exploitation et de financement -, seuls des investisseurs privés seraient susceptibles de mobiliser le volume des capitaux envisagés. Se poserait alors le problème de l’attractivité du Cameroun pour des investissements privés, c’est-à-dire celui du risque-pays et de l’insécurité juridique.

Le projet inabouti du géant minier mondial Rio Tinto Alcan (RTA), visant la construction d’une aluminerie appuyée par des barrages hydroélectriques, devait se réaliser dans la même optique. Ses promoteurs ont quitté le Cameroun il y a trois ans.

Pouvez-vous expliciter ?

Dans pratiquement tous les rapports internationaux sur le climat d’investissement au Cameroun, l’insécurité juridique ressort comme  le principal obstacle à l’attrait des investissements au Cameroun. Elle est le résultat  de nos institutions politiques de gouvernance des affaires publiques, qui encouragent des comportements de corruption, de prédation et de prévarication, en toute l’impunité. Cette organisation politique est génératrice, par différentes incitations, de ces comportements qui constituent le cancer gangrénant l’administration, et particulièrement l’administration judiciaire.  Ils sont dissuasifs pour l’investissement privé au Cameroun. Célestin Bedzigui qui aurait passé quelque temps dans la notation du risque-pays  le sait.




Le président du PAL, Célestin Bedzigui, motive sa décision de soutien de la candidature de Paul Biya par l’autorisation que le Chef de l’Etat aurait donné pour un projet de barrage associé à une usine de transformation de la bauxite en aluminium, dont il serait le promoteur. Qu’en pensez-vous ?

Nous ne connaissons pas les modalités concrètes de la supposée autorisation du Chef de l’Etat à ce projet. On peut dire en revanche que les principes qui sous-tendent la politique économique du  Cameroun sont le libéralisme et la libre entreprise, fondée sur  la prise de risque par les entrepreneurs privés, l’Etat créant des conditions infrastructurelles – physiques et règlementaires – propices à l’attraction des investisseurs. Différentes lois créent des incitations spécifiques  pour attirer l’investissement privé. Ainsi, par exemple, celle relative au partenariat public privé, ou celle de 2013 créant des incitations fiscales et douanières, graduées en fonction des effets positifs locaux induits par les investissements envisagés. Dans ce contexte, l’Etat est un facilitateur, qui ne se substitue pas aux investisseurs privés, dans la prise de risques technique, financier, commercial et managérial, en ce qui concerne les décisions de promotion et d’investissement.

Au regard de vos explications  l’autorisation du chef de l’Etat ne serait  pas le facteur déterminant pour la réalisation de ce projet ?

Loin s’en faut, en effet ! De nombreux projets, ayant connu un aboutissement heureux ou non, ont bénéficié d’une sorte de bénédiction du chef de l’Etat. Mais encore une fois, ce n’est pas lui qui prend la décision d’investissement, ce sont les investisseurs eux-mêmes – actionnaires et prêteurs du projet – qui le font à l’issue de la démarche complexe sus évoquée. Ainsi en fut-il des projets tels que le pipeline Tchad-Cameroun ou la Rio Tinto Alcan pour le projet d’usine d’aluminium à Kribi accompagné de deux barrages hydroélectriques (encore un autre  et de bien d’autres.

Mais alors de quelle stratégie participerait la décision de Célestin Bedzigui ?

Ma réponse à votre question fort pertinente relève  pour le moment d’une simple conjecture. L’avenir en confirmera la pertinence. Voyez-vous, notre administration a pris l’habitude de créer des comités de pilotage de projet qui ambitionnent de se substituer aux investisseurs privés. Pari perdu d’avance, comme je vous l’ai dit. Une fois créés, ces comités fonctionnarisés consomment des ressources budgétaires dépensées dans les voyages sans résultat palpable et probants. Célestin Bedzigui inscrirait-il l’autorisation du chef de l’Etat dans le contexte de ces comités de pilotage, alors même qu’il les fustigea pendant longtemps, et à juste raison. Car, ces comités deviennent des foyers d’extrême corruption, des gouffres financiers et des sources de détournements de deniers publics.

Soulignant  que l’intérêt supérieur de la politique c’est lorsque celle-ci est au service des populations, M. Céléstin Bedzigui justifie son soutien à la candidature de Paul Biya à la prochaine élection présidentielle par son autorisation à ce projet et les bénéfices qui en découleraient pour les populations de la Lékie. Qu’en pensez-vous ?




Pour toutes les explications que je vous ai données, ce projet m’apparaît très hypothétique. Ainsi en est-il  en conséquence de ses bénéfices pour les populations camerounaises, dont celles de la Lekie ne sont pas exclues.

Réalisé par Cameroun Liberty

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