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Comment les ministres de Paul Biya ont pris en otage les infrastructures de la CAN2019

11.12.2018(12h01)

Entre surfacturation, retro commissions et trafic d’influence, tout a été au rendez-vous dans  le projet de construction des infrastructures de la CAN2019.

Plus de 1000 milliards de FCFA argent du contribuable ont été injecté dans ce projet qui finalement n’aura plus lieu au Cameroun. Des surfacturations allant jusqu’à 10 milliards de FCFA sur certains projets, de quoi révolter tout ce peuple qui se lève tous les jours à 4 h du matin pour arriver à l’heure au travail faute de routes praticables, ce peuple qui meurt de cholera par manque d’eau potable.




Juillet 2018, le ministère des travaux publics annonce l’exclusion de l’entreprise chinoise des projets de la CAN 2019.En effet, depuis plus d’un an, l’entreprise sélectionnée par la présidence de la république attendait le financement pour le démarrage des travaux.

La China Railway Engineering comme plusieurs autres entreprises camerounaises étaient contraint de suspendre  les travaux à cause du retard de payement des acomptes sollicités par certains prestataires.

Pour mieux comprendre ce retard, remontons au 31 Décembre 2013 lorsque dans son discours de fin d’année, Paul Biya désavoue publiquement son gouvernement qu’il qualifié d’incompétent. Alors qu’ils ont été incapables de relever le défi des grandes réalisations initiés en 2011, Paul Biya leur confie le plan d’urgence triennal et l’organisation du plus grand évènement sportif du continent, la Coupe d’Afrique des nations.

Louis Paul Motaze était au cœur de l’échec du gigantesque programme national du développement des infrastructures sportives (Pndis), en première ligne du projet Pndis, le stade Paul Biya d’Olembe .Alors qu’il était ministre de l’économie, ce ministère était au cœur des manœuvres de financements qui finalement ont viré au fiasco, ce programme avait finalement été suspendu par le premier ministre chef du gouvernement.

Voilà un extrait d’un message transmis par un officiel chinois lors d’une visite de la délégation camerounaise avec entre autres le ministre de l’économie Louis Paul Motaze, le ministre des finances Essimi Menye Lazare et celui des sports, Augustin Edjoa

‘’Suivant la correspondance N°538/cab/Minsep du 17 décembre 2008, Augustin Thierry Edjoa, informe la Cmec qu’une délégation camerounaise séjournera en Chine. Celle-ci a pour mission la finalisation de l’achat du crédit d’épargne préférentiel avec Exim Bank, dans le cadre de la première phase du Pndis. En réponse, Li Changxin, président général de la Cmec, par la lettre N°1721/081225 du 25 décembre 2008, informe le Minsep que ledit contrat ne pourra pas être signé à la date sus-indiquée. Et Li Huaijun d’ajouter, « Il est tout à fait clair que ce n’est pas le moment pour votre délégation de visiter Beijing et d’avoir une entrevue avec Exim Bank. Qu’allez-vous discuter avec Exim Bank sans avoir fini l’évaluation du projet ? Exim Bank ne peut rien discuter de substantiel avec vous, ni ne peut vous faire des promesses présentement. Ce qui signifie que vous ne récolterez rien comme fruit venant de Exim Bank si vous vous obstinez à venir ».(1)




Le Samedi 21 Septembre 2014, le Cameroun est désigné à Addis Abeba pour organiser l’Edition de 2019 de la Coupe d’Afrique des Nations. Alors qu’il est secrétaire général des services du premier ministre, l’actuel ministre des finances avait en main le dossier de l’organisation des travaux d’infrastructures. Entre suréquipement de certaines villes et la mauvaise répartition des ressources sur le triangle national, les retombées de la CAN n’avaient pas été organisées de manière à satisfaire toutes les régions.

‘’La seule ville de Yaoundé compte le stade militaire, les stades annexes de Fandena ainsi que le principale, le stade d’Olembe et les annexes, alors qu’on aurait pu privilégier les autres villes du Cameroun avec des stades moins importants mais nécessaires pour le développement de ce sport’’ explique Christian Penda Ekoka président du mouvement Agir.

Dans une opacité totale, sans appel d’offre, tous les marchés relatifs aux travaux d’infrastructures de la CAN ont été négociés au service du premier ministre au gré à grès, sans appel d’offres ‘’ Toute la corruption se joue à ce niveau dans l’attribution des marches, celui qui attribue le marché négocie directement avec l’entreprise  en charge des travaux pour les surfacturations, pour le cas du Cameroun les commission atteignent souvent  10 % parfois pour le ministre’’ précise un avocat ayant participé à une négociation.

Le 02 Octobre 2015, soit un an après la décision de la CAF de confier l’organisation de la CAN au Cameroun, Paul Biya réajuste son gouvernement, les mêmes personnes mais à des postes différents. Louis Paul Motaze quitte le secrétariat de la primature et va au ministère de l’économie de la planification et de l’aménagement du territoire. Le dossier complet de la CAN est transmis à la présidence de la république qui au lieu de jouer son rôle de monitoring et de veiller à ce que les retombées de cette CAN bénéficient à tous les camerounais, les fonctionnaires de la présidence se sont concentrés plutôt  à renégocier les marchés, remettant à plat tous les accords de gré à gré signés par l’actuel ministre des finances. Des nouveaux deals ont donc été scellés avec de nouvelles entreprises dans une opacité indescriptible. La guerre d’intérêt était donc déclenchée .

« Nous croyons que notre dossier a été saboté de bout en bout au niveau du Minepat. Voici pourquoi je le dis : Le Minepat, c’est quand même la meilleure expertise du Cameroun en matière de financement international. Ce sont des pros, qui comprennent leur travail et le font bien. Ils connaissent les rouages et ont traité des milliers de dossiers financiers, dont plusieurs dossiers directement avec Exim Bank USA. Ces professionnels connaissaient donc comment porter un dossier à Exim Bank USA.

Sauf que dans notre cas, ces experts ont envoyé, à Exim Bank, un dossier de financement très mal ficelé, avec des erreurs grossières, et, comble de malheur, ils ont envoyé à Exim, un dossier totalement en français, alors que l’anglais est la langue de travail à Exim Bank USA. Evidemment, Exim a renvoyé le dossier en leur demandant de le traduire en Anglais tout au moins.

Alors qu’Exim Bank attend que le dossier traduit lui soit renvoyé, un directeur du Minepat a plutôt été mis en mission pour aller à Washington, dire à Exim Bank que les contrats de Prime Potomac n’étaient pas réels, et que l’Etat du Cameroun, n’était pas certain du financement d’Exim Bank à notre entreprise”, explique Ben Modo.




Présenté par la presse comme société écran du SGPR, son promoteur Ben Modo explique comment le MINEPAT a torpillé les négociations de financements par les américains de l’entreprise. Notons que les contrats passés au gré à gré entre le promoteur de l’entreprise Prime Potomac et la présidence de la république avaient fait couler beaucoup d’encres. Entre corruption, surfacturation, intérêts égoïstes, le contribuable camerounais payait le prix le plus lourd dans l’attribution  des marches d’infrastructures de la CAN.

Selon certaines indiscrétions, le ministre des finances n’aurait jamais digéré l’exclusion totale d’entreprises avec lesquelles  les accords de gré à gré avaient été signés dans le cadre des projets de la CAN. Lorsqu’en 2018 il est  nommé ministre des finances, c’est désormais lui qui devait payer les entreprises prestataires de services.

Ce sera le début du calvaire des entrepreneurs nationaux et voir internationaux qui pour certains ne recevront jamais de financement, et d’autres. À Bafoussam, jusqu’au mois de septembre, le taux d’avancement des projets de la CAN étaient de 11% au motif qu’il y avait pas de financement.

’Toutes ces entreprises sélectionnées par le SGPR étaient obligés s’ils voulaient poursuivre les travaux  de revenir faire allégeance au ministre des finances pour bénéficier des financements, d’où ce retard criarde dans l’exécution des projets’’ explique cet avocat avant de poursuivre ‘’ vous allez à Yaoundé chercher 200 millions pour poursuivre avec les travaux, vous arrivez on vous présente 150 Millions à prendre ou à laisser’’ voilà les réalités sur les travaux de la CAN 2019

Sur la base des informations tronquées de la COCAN, Paul Biya avait réitéré au peuple son engagement a respecter les délais malgré le scepticisme des camerounais qui sur le terrain redoutaient déjà le pire.

Paul Biya peut-il sanctionner ses ministres et collaborateurs ?

Pour beaucoup d’observateurs de la scène politique camerounaise, il n’osera pas le faire car ici il est question du socle sur lequel repose son régime.

Albin Njilo

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