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CAN 2019 : Et même s’il y avait réellement eu complot contre le Cameroun

04.12.2018(01h30)

La théorie du complot n’est pas nouvelle dans les relations internationales. Nous connaissons tous le complot qui voulait empêcher la Russie d’accueillir la Coupe du monde en 2018. Les pays occidentaux étaient fermement opposés à l’organisation de la Coupe du monde par la Russie en représailles de son occupation de la Crimée, un territoire de l’Ukraine en 2014. Ils allaient même jusqu’à insinuant que Poutine a corrompu Sepp Blatter pour donner à la Russie le droit d’accueillir la Coupe du monde. Néanmoins, la Russie a organisé l’un des meilleurs tournois que le monde n’ait jamais connu.

Allant dans le même sens, il est également vrai qu’il y avait eu un complot contre le Cameroun pour accueillir la CAN en 2019. Cependant, c’est une excuse complètement bidon que l’on puisse donner à propos du retrait de la CAN du Cameroun, le plus grand tournoi d’Afrique. Néanmoins, cet état d’esprit des Camerounais nous permet de comprendre comment nous avons ignoré l’impact du leadership sur la gouvernance d’un pays. On dit souvent que « le leadership est la cause, tout le reste est l’effet ».




Ces deux scénarios de la Russie et du Cameroun nous servent à mieux comprendre et à distinguer clairement la différence entre un leader efficace et un leader inefficace. Si le président Vladimir Poutine a réussi à organiser la Coupe du monde et que le président Paul Biya a clairement été privé des droits d’accueil la CAN, c’est principalement parce que Poutine est un dirigeant visionnaire, non seulement pour lui-même, mais surtout pour la Russie. Un leader ayant une vision pour son pays sait pertinemment qu’il doit avoir des ennemis à l’intérieur et à l’extérieur de son pays, surtout si vous avez l’ambition d’être un jour une superpuissance. À cet égard, tous les leaders efficaces ont naturellement un sens de l’anticipation et une détermination forte de contrôler chaque détail et ont toujours une longueur d’avancer sur leurs rivaux. Les leaders ont cette capacité à neutraliser leurs faiblesses et leurs menaces, tout en optimisant leurs points forts et en tirant le meilleur parti des opportunités se présentent à eux.

Il est bien connu que les relations internationales ne sont pas un terrain d’altruisme et de bonne volonté. C’est avant tout l’endroit où tous les acteurs se battent pour leurs propres intérêts; Si vous n’êtes pas assez fort ou intelligent pour protéger vos intérêts, vous demeurerez toujours perdants. Tous les dirigeants, en particulier ceux qui sont restés au pouvoir plus longtemps, sont pleinement conscients que la grandeur et le respect dans le système international ne sont pas accordés mais mérité. Par conséquent, si votre pays n’est pas respecté dans le monde, pire même sur le continent, cela signifie qu’il n’a donné aucune raison d’être craindre par quiconque. Aucun pays n’a gagné le respect en remportant seulement des compétitions de football. Au contraire, ces victoires donnent aux autres pays plus de raisons d’envier votre succès. Oui, le système international est une jungle où la force est juste et où seuls les plus aptes survivent.

C’est pour cette raison que la décision de la CAF de débander le Cameroun en tant que pays organisateur de la Coupe africaine est non seulement un coup dur à l’image de notre pays, mais illustre également la faiblesse de son leadership aux niveaux international et continental. Le président Paul Biya, qui se targue de rester plus longtemps au pouvoir en raison de son expérience, nous a prouvé que son expérience n’est pas réellement pour l’intérêt du Cameroun. Bien qu’il ait été au pouvoir pendant 36 longues années, il n’a pas réussi à obtenir une seule CAN, le plus grand tournoi du continent. Si ce n’est pas une grande honte pour lui, qu’est-ce qui pourrait être plus pire ?




En même temps, cette triste situation nous fait comprendre pourquoi ce gouvernement a échoué dans presque tous les domaines (politique, social et économique). La piètre performance économique du Cameroun est inconcevable compte tenu de son l’immense potentiel en terme des ressources naturelles et humaines. Manifestement, il manque au Cameroun un leader efficace capable d’exploiter son potentiel pour élever le pays au moins au niveau d’une économie à revenu intermédiaire. Avec tout notre capital naturel, que d’autres nations viennent exploiter aux dépens des Camerounais, il est normal que le Cameroun ne fasse que stagner et régresse maintenant sous la direction du président Biya. La principale raison à cela est l’absence de gouvernance, de planification, de coordination et d’évaluation. Traits que tous les leaders doivent avoir.

Cette situation du Cameroun ne peut amener aucun acteur international à respecter ses dirigeants. En fait, à cause de la nature perverse du système international, la plupart des nations les plus puissantes préféreront maintenir ce régime, car il peut exploiter les ressources du Cameroun sans obstacle majeur.

Cet échec de la CAN peut également nous permettre de comprendre la crise anglophone et la montée des mouvements sécessionnistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Si cette situation constitue une menace pour l’intégrité territoriale du Cameroun et que des centaines de Camerounais, civils et des forces de sécurité perdent la vie, c’est la preuve irréfutable que notre gouvernement est incapable de prévenir les crises et à bien les gérer quand elles se présentent.

Comme mentionné plus haut, un bon leader doit savoir anticiper et éliminer toutes les menaces. Si nous avons déjà pensé que les sécessionnistes avaient toujours existé dans les régions anglophones, alors chaque leader responsable ne devrait pas laisser la moindre chance au sécessionniste de gagner le cœur des gens. Mais c’est exactement ce qui s’est passé lorsque les manifestants d’avocats anglophones, qui avaient des griefs légitimes, ont été brutalement traités en demandant au gouvernement de respecter la constitution du pays. Un gouvernement responsable aurait dû apporter rapidement une solution à leurs plaintes afin de ne pas alimenter les revendications sécessionnistes de marginalisation des anglophones. Cette situation a été la dernière goutte qui a rempli la tasse de griefs anglophones pendant des décennies, ce qui a radicalisé un grand nombre d’anglophones et a finalement conduit à la crise humanitaire que nous connaissons aujourd’hui.




En outre, comme dans le cas du fiasco de la CAN, si nous avions commencé à mettre en place l’infrastructure nécessaire dès le jour où nous avons obtenu le droit d’accueillir le tournoi, il ne fait aucun doute qu’au moins la majorité des stades seraient prêts dès aujourd’hui. En fait, un pays comme le Cameroun, qui a été cinq fois champion d’Afrique, n’aurait même pas dû attendre d’être accordé pays hôte de la CAN avant de penser à construire des stades, car le football est le seul domaine qui a fait connaître le Cameroun dans le monde entier.

Ce ne sont là que quelques exemples pour montrer que ce gouvernement a passé la majeure partie de son temps, volontairement et involontairement, à s’attirer les ennuis et ne pas être en mesure de les gérer, mais plutôt à utiliser la crise qu’ils ont créé comme prétexte pour expliquer leurs piètre performances.

Puisqu’une majorité de Camerounais ont été étudiants à un moment donné de leur vie, j’aimerais utiliser l’exemple d’un concours pour illustrer l’inefficacité de nos dirigeants. Nous savons tous très bien que, lorsque des examens publics sont organisés, les candidats doivent se rendre dans la salle des examens, sinon ils échouent automatiquement. Même si les conditions météorologiques sont extrêmement mauvaises ou s’ils sont attaqués en route ou font un accident, ces candidats échoueront à l’examen. Par conséquent, les étudiants, quelles que soient les difficultés qu’ils rencontrent le jour de concours, doivent se rendre dans la salle sinon ils échouent, quelle que soit leur excuse.

De la même manière, les États doivent également surmonter tous les obstacles pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Il n’y a pas de place pour des excuses. À l’heure actuelle, le Cameroun ne peut atteindre aucun de ses objectifs et il est évident qu’avec ces tendances actuelles, il deviendra impossible pour le Cameroun de devenir un pays émergent d’ici 2035.

Il est temps que les Camerounais se réveillent et obligent tous ceux qui nous gouvernent à être tenus pour responsables. Le président du mouvement d’AGIR, Christian Penda Ekoka a souvent déclaré: « Le monde va très vite, le Cameroun, trop lentement ». Le seul facteur qui puisse expliquer cela est que le président Biya n’a pas répondu aux attentes d’un leader efficace et ce qui est plus dramatique est que les Camerounais ne l’ont pas aidé parce que nous avons refusé de le sanctionner. Nous devons également jouer notre rôle. Les Camerounais, en fin de compte, doivent apprendre à faire pression sur leur gouvernement pour qu’ils apportent les résultats. Ils ne sont pas là pour blague. Nous ne devrions jamais oublier que c’est le peuple qui détient le pouvoir et que ceux qui nous gouvernent se sont vu déléguer des pouvoirs afin de servir l’intérêt général. Le temps d’AGIR doit être maintenant et pas plus tard.

 

Wanah Immanuel Bumakor

Porte-parole du mouvement AGIR

Expert en étude de Paix et Développement

 

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