Bouba Hamoa : LETTRE OUVERTE À GRÉGOIRE OWONA, SG ADJOINT DU RDPC

Cher ami,
Tu as tout à fait raison : les masques tombent effectivement et continueront de tomber au fur et à mesure que l’actualité se déroule sous nos yeux livrant son lot d’informations insolites et de révélations croustillantes.
Dans ta dernière et tardive sortie médiatique contre ton «ami politique d’hier» et néanmoins «toujours membre du Bureau politique du RDPC», tu as quitté le champ clos des coups bas, trahisons et batailles fratricides de positionnement au sein du parti au pouvoir, pour t’aventurer dans les méandres de l’histoire récente du Cameroun en rappelant une «période sombre» correspondant à la magistrature du Président Ahidjo et en remuant, à ton corps défendant, «la fange puante des évènements douloureux du 06 avril 1984».
A moins de posséder le don d’ubiquité, l’ancien Chef de l’Etat ne pouvait pas, tout seul, diriger le pays sans l’assistance, au niveau le plus élevé, de proches collaborateurs dévoués, loyaux et dignes de confiance, des gouvernements efficaces et d’une haute administration compétente. En invoquant cette période «sombre» et ce climat de «terreur », voudrais-tu donc insinuer que tous ceux qui ont participé, à des degrés divers de responsabilité, à la gestion des affaires publiques, devront également rendre compte de leurs actes et de leurs conséquences ? Vaste programme !
Certes, l’heure des bilans viendra inexorablement. Mais, en attendant le jugement des hommes et le verdict de l’Histoire, attention aux éclaboussures et aux brûlures quand on « remue la fange puante » et quand on joue imprudemment au pyromane. S’agissant de la tentative avortée du coup d’Etat, il est capital de rappeler le contexte de ces tristes évènements, qui sont une conséquence directe, d’une part, de la découverte d’un premier complot en préparation et la neutralisation de ses supposés cerveaux et, d’autre part, de la condamnation à mort du premier Président de la République suivie d’une campagne haineuse de stigmatisation d’une frange importante de la communauté nationale.
C’est pour mettre un terme aux incessantes provocations et invectives tribales et laver ces affronts insupportables, que de jeunes prétoriens, qui pensaient n’avoir d’autre choix que la mutinerie avec le renfort des quelques civils, qui rêvaient d’exploits chevaleresques et croyaient être investis d’une mission de justiciers, ont décidé de franchir le rubicon en montant à l’assaut des institutions légales de la République.
Grégoire,
personne ne saurait et ne pourrait dénier ton appartenance au peuple camerounais. C’est une évidence, qu’il n’est pas nécessaire de rappeler et de souligner en forçant le trait. Cependant, du plus humble au plus prestigieux, chaque citoyen camerounais ne perçoit pas et ne subit pas de la même manière tous les évènements (heureux ou malheureux) que traverse notre pays.
Ainsi, le putsch manqué, dont tu rappelles le souvenir avec révulsion, n’a pas été un drame absolu pour tout le monde. Malgré les odeurs nauséabondes qu’il dégage, tu n’as pas hésité à tirer profit de cette horrible tragédie en faisant main basse, sans vergogne, sur un immeuble en voie de finition au quartier Bonanjo à Douala appartenant à notre ami Issa Adoum, condamné à mort par le tribunal militaire et exécuté. Pour réussir ton coup, tu aurais opportunément usé de ton entregent et de ta position politique et bénéficié de la complicité bienveillante des banquiers, qui se sont abrités derrière le fallacieux prétexte que la banque ne pouvait pas faire jouer la garantie de l’assurance-vie couvrant l’emprunt immobilier, faute pour les ayants-droit du défunt de produire un certificat de décès.
Compte tenu des circonstances, peut-on honnêtement s’attendre à ce que le pouvoir en place fasse diligence pour délivrer un tel document
compromettant ?
En fervent chrétien nourri des Saintes Ecritures, tu dois savoir que la Bible aussi bien que la Thora et le Coran commandent de protéger la veuve et l’orphelin et condamnent sans appel toute appropriation illégitime des biens leur appartenant sous peine de punition imminente ici-bas ou de châtiment douloureux dans l’au-delà. Ta conscience doit te rappeler chaque jour cette sentence divine.
Naguère chef d’entreprise policé et plein de civilités parfois à la limite de l’obséquiosité à l’égard des détenteurs du pouvoir de l’époque, tu es devenu un redoutable animal politique révélant ainsi ta véritable nature décrite avec justesse par le rédacteur en chef du Journal « les Nouvelles du Pays » dans l’édition n° 180 du 19 Octobre 2012.
Comme Janus, dieu antique aux deux visages, (l’un à la lumière et l’autre dans l’obscurité) tu apparais tantôt en militant convaincu du parti au pouvoir, tantôt en sympathisant de l’opposition. A moins que tu n’aies été instrumentalisé par des manipulateurs machiavéliques et thuriféraires de ton parti, j’ai toujours pensé, peut-être avec une grande naïveté, comme tant d’autres de tes amis et admirateurs, que tu représentais une tendance « cool et soft » de ta chapelle politique et une sensibilité très proche de la société civile et à l’écoute des préoccupions quotidiennes de tes concitoyens ordinaires, mettant ton intelligence et ton habilité unanimement reconnues et saluées au service d’une conception apaisée de la politique recherchant la médiation et le consensus pour le bien de tous.
A force de crier au loup, des esprits mal intentionnés, qui travestissent délibérément les faits à des fins inavouées, peuvent déclencher d’autres situations insurrectionnelles mettant de nouveau le pays à feu et à sang au grand bonheur des vautours, des bandits à col blanc et des spoliateurs de tous acabits à l’affût pour dépouiller leurs compatriotes vulnérables et gonfler leurs escarcelles. Que Dieu nous en préserve !
Pour terminer et sans nécessairement être partisan de votre camarade entré en dissidence ou appeler à un quelconque soulèvement, tout observateur averti et lucide doit se rendre à l’évidence, que l’épilogue normal de l’actuel régime est proche et inéluctable. Il appartiendra à nos fils et filles d’écrire les nouvelles pages glorieuses de l’Histoire du Cameroun. Il est de notre devoir de leur transmettre, dans la sérénité, le flambeau pour poursuivre l’oeuvre exaltante d’édification d’une Nation fière, solidaire et prospère.
En toute amitié.
BOUBA HAMOA
Fonctionnaire des douanes retraité

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*